Home » Au Théâtre du Châtelet, Matthew Bourne fait danser les traumas de « Roméo et Juliette »

Au Théâtre du Châtelet, Matthew Bourne fait danser les traumas de « Roméo et Juliette »

by Marko Florentino
0 comment


Roméo (Rory MacLeod) et Juliette (Monique Jonas) dans « Romeo + Juliet », de Matthew Bourne, à Londres, en 2023.

Quel paradoxe ! De ce côté-ci de la Manche, le chorégraphe et metteur en scène britannique Matthew Bourne, 64 ans, multiprimé chez lui, plurirécompensé à l’international, est hyperconnu mais totalement sous-programmé. La dernière fois qu’on a eu la chance de découvrir une de ses productions à succès, c’était en 2008. Il s’agissait du spectacle, très réussi, Edward aux mains d’argent. Trois ans auparavant, sa version gay, âpre et engagée du Lac des cygnes, transposée dans une cour royale aux faux airs d’Angleterre des années 1950, avait fait un carton avec son jeune prince hanté par des hommes-cygnes agressifs.

Faites les comptes. Seize ans que Bourne n’a pas été à l’affiche en France. Autant dire que sa réputation est inversement proportionnelle à sa présence. Alors que sa compagnie, créée en 1987, débarque de Los Angeles à Paris pour se poser au Théâtre du Châtelet avec son Romeo + Juliet, le phénomène Bourne apparaît, souriant, en train de siroter un café dans une loge. « A vrai dire, je ne sais pas non plus pour quelles raisons nous ne sommes pas venus depuis si longtemps, glisse-t-il. Peut-être que mon travail, qui n’est pas de la pure danse, ne rentre dans aucune catégorie et a du mal à trouver sa place ici. »

Le Châtelet, ouvert sur tous les genres et les comédies musicales, semble convenir à sa relecture décalée mais efficace de la pièce de Shakespeare. Mardi 12 mars, les spectateurs ont approuvé sa vision par des cris de joie. Dans un décor clinique et carcéral avec balcon, celui de l’Institut Verona, mi-hôpital psy pour jeunes à problèmes, mi-prison pour tout aussi frais délinquants, Roméo, dont les parents se sont débarrassés contre un gros chèque, croise Juliette, et c’est le big bang que l’on sait.

Prokofiev actualisé

Pas de familles rivales ici, pas de fastes italiens. Tybalt est un gardien fou dingue de Juliette, qu’il brutalise quand il veut. « Ma proposition devait évidemment être un peu différente de celles que l’on peut voir, souligne Bourne. J’avais envie de faire danser de très jeunes interprètes comme le sont les personnages, capturer quelque chose de leur passion, de leur façon de ne pas pouvoir se lâcher les mains… » Il évoque également la lecture du livre The Ballroom, d’Anna Hope (La Salle de bal, Gallimard, 2017), qui se passe dans un asile où femmes et hommes sont enfermés et séparés, sauf le temps d’un bal hebdomadaire.

Avec ses trois actes ramassés en à peine deux heures dont un entracte, le scénario fonctionne bien, sans atteindre la chair de poule de son Lac des cygnes. Le choix de la partition de Prokofiev, ici merveilleusement actualisée et énervée dans les arrangements de Terry Davies pour quinze musiciens, tombe parfaitement. Accompagnées par une création sonore affûtée de Paul Groothuis, ses distorsions soulèvent les corps et les humeurs. « La musique se compose de mots, pour moi, qui me permettent de trouver ma voie dans le spectacle, explique Bourne. Je l’ai beaucoup écoutée en évacuant les images que je connaissais. » La famille Prokofiev, avec laquelle Bourne entretient une relation de confiance depuis sa Cendrillon, en 1997, a donné son accord au projet.

Il vous reste 44.17% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Source link

You may also like

Leave a Comment

NEWS CONEXION puts at your disposal the widest variety of global information with the main media and international information networks that publish all universal events: news, scientific, financial, technological, sports, academic, cultural, artistic, radio TV. In addition, civic citizen journalism, connections for social inclusion, international tourism, agriculture; and beyond what your imagination wants to know

RESIENT

FEATURED

                                                                                                                                                                        2024 Copyright All Right Reserved.  @markoflorentino