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Kharkiv, sous le feu russe des missiles et de la désinformation

by Marko Florentino
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Des tas de messageries russes le jurent : le maire de Kharkiv a quitté sa ville, la deuxième d’Ukraine. Certaines boucles Telegram disent même qu’il est mort. « Faux, bien sûr », soupire Ihor Terekhov, les traits tirés sous ses cheveux blancs. Pour prouver le contraire, le maire de Kharkiv doit poster régulièrement sur sa chaîne Telegram un bref montage vidéo de ses journées. Le 24 février, il commémorait l’invasion de son pays dans la station de métro « Musée historique », un lieu qu’il connaît trop bien : il a marché sur ses rails et parcouru ses tunnels, en mars 2022, lorsque les Russes bombardaient Kharkiv et que le métro était le seul moyen de se déplacer en sécurité.

M. Terekhov ne siège plus, il est vrai, dans sa mairie. Trop dangereux. Kharkiv, qui comptait 1,5 million d’habitants avant la guerre, est à moins de 40 kilomètres de la frontière russe. Le maire a donc déserté le magnifique cœur historique de cette ville universitaire du nord-est de l’Ukraine, et campe dans des bureaux clandestins. Des collaborateurs fixent un rendez-vous secondaire via une localisation GPS, puis guident jusqu’à la dernière adresse en date de M. Terekhov – quasi la dixième, déjà, depuis que l’hôtel de ville a été pris pour cible par l’ennemi le 2 mars 2022.

Ihor Terekhov, maire de la ville de Kharkiv (Ukraine), dans un de ses bureaux clandestins, le 23 février 2024. Ihor Terekhov, maire de la ville de Kharkiv (Ukraine), dans un de ses bureaux clandestins, le 23 février 2024.
Salle de classe dans une station de métro de Kharkiv (Ukraine), le 22 février 2024. La ville étant bombardée quotidiennement par les Russes, la mairie a ouvert des écoles dans cinq stations de métro. Salle de classe dans une station de métro de Kharkiv (Ukraine), le 22 février 2024. La ville étant bombardée quotidiennement par les Russes, la mairie a ouvert des écoles dans cinq stations de métro.

Plus de 2 420 civils ont été tués en deux ans dans Kharkiv intra-muros. Près de 2 300 sont en outre portés disparus, dont plus de 260 enfants, a établi le chef de la police de la ville, Volodymyr Tymochko. Quant aux blessés, ils sont, selon lui, au nombre de 3 516. Les pertes militaires demeurent secrètes, mais dans la vingtaine de cimetières de la ville, les « allées des héros » s’étendent chaque mois, tombes fraîches et drapeaux claquant au vent froid. « Les Russes ont changé de tactique. Le premier hiver, ils s’attaquaient à nos infrastructures énergétiques ; depuis deux mois, ils pilonnent de plus en plus les civils », explique le maire, avec des drones et surtout des missiles S-300 impossibles à stopper. Dix à quinze alertes retentissent chaque jour, rendant l’école en présentiel impossible. Pour ne pas déscolariser les enfants, la ville a mis en place les seules « métro-écoles » du pays, de 9 heures à 13 heures, à l’abri des stations. Elles concernent aujourd’hui 2 200 élèves.

Dépôt de carburant enflammé

« On a l’impression de vivre assis sur des aiguilles », soufflent deux babouchkas surprises pendant leurs courses : vieille expression russe pour expliquer que toute sérénité est ici impossible. Dernier gros traumatisme en date, une famille entière, les Putyatine, a brûlé vive durant la nuit du 9 février, avec deux voisins. Pavlo, le petit dernier des trois enfants, avait 10 mois ; Olga, la maman, était procureure à Kharkiv. Deux drones Shahed tombés sur un dépôt de carburant ont projeté le liquide en flammes en contrebas, encerclant les maisons d’un ruban de lave. Il a terminé dans la rivière Nemychlia et un lac de la ville, où des canards sont morts mazoutés.

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