
Comme tous les midis au restaurant universitaire Le Capu, à Bordeaux, Elsa, Romane et Leila prennent leur mal en patience avant de déjeuner. Dans la longue file d’attente qui s’étend sur le trottoir en direction du marché des Capucins, les trois étudiantes en BUT carrière sociale (qui n’ont pas souhaité donner leur nom de famille) discutent en profitant de la douceur printanière de cette fin janvier. « Nous, on est des pures “croussiennes” : on déjeune ici autant qu’on peut », raconte en souriant Elsa, 20 ans. « Ça nous permet de manger un repas entier et équilibré pour pas trop cher », complète Romane, 23 ans. Boursières toutes les trois, elles ont droit par défaut au repas à 1 euro, au lieu de 3,30 euros (les non-boursiers peuvent aussi en bénéficier après évaluation de leur situation).
Au Capu, comme dans les quelque 700 restaurants universitaires (RU) français, la fréquentation a explosé depuis la mise en place de ce tarif social au moment de l’épidémie de Covid-19. Cette crise fut à la fois révélatrice et amplificatrice d’une précarité étudiante jusque-là peu visible. L’inflation importante est depuis venue la renforcer.
Alors que le logement étudiant constitue la première charge économique pour les étudiants, ces derniers font bien souvent l’impasse sur la nourriture. Dans une étude de la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE) publiée en janvier et réalisée auprès de 7 500 étudiants, 19 % d’entre eux déclaraient ne pas manger à leur faim et sauter plus de trois repas par semaine. D’où la revendication du syndicat de généraliser à l’ensemble des étudiants cette tarification sociale et d’élargir l’ouverture des RU le soir et le week-end, en attendant une réforme structurelle des bourses annoncée pour 2025.
Subsiste un problème : « On ne peut pas faire tous nos repas au RU, en raison de nos emplois du temps notamment », commente Leila. Et comme « le frigo et le portefeuille sont régulièrement vides », ses camarades et elle ont pris l’habitude depuis un an et demi, bien malgré elles, de se rendre chaque semaine aux distributions alimentaires de Linkee. L’association, qui s’est imposée en quatre ans en France comme un acteur incontournable de l’aide alimentaire aux étudiants, leur propose des colis de 5 à 7 kilos.
Seulement 20 % des bénéficiaires sont boursiers, comme Leila ; le dispositif sert surtout à maintenir la tête hors de l’eau des jeunes dans la précarité mais dont les parents gagnent « trop » pour qu’ils soient éligibles aux bourses sur critères sociaux.
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