Pendant près de mille cinq cents ans, des marchandises précieuses ont été transportées de la Chine et d’autres régions d’Asie en direction de l’Europe et du Moyen-Orient via la Route de la soie. Si l’itinéraire a varié au fil du temps, cette route est toujours passée par les régions d’Asie centrale, ou a toujours fait intervenir des marchands locaux issus de celles-ci.
Aujourd’hui, ce commerce est à nouveau florissant, mais il concerne le transport de marchandises depuis les Etats-Unis, le Japon, l’Europe occidentale et la Chine vers la Russie, via des pays tels que l’Arménie, la Géorgie et le Kirghizistan.
Les démocraties sont bien conscientes que ce commerce renforce le régime du président Poutine et qu’il facilite sa guerre d’agression en Ukraine. Leurs gouvernements agissent néanmoins très peu pour stopper ces échanges, de peur de contrarier les intérêts industriels nationaux. Le G7 et l’Union européenne [UE] doivent renforcer leurs contrôles à l’exportation.
« Taux de fuite »
En apparence, ces contrôles fonctionnent correctement : les exportations américaines de biens vers la Russie sont tombées à 0,6 milliard de dollars (0,55 milliard d’euros) en 2023, contre 5,8 milliards en 2019 avant le Covid-19, soit une baisse, considérable, de 90 %. Il en va de même pour le Japon (– 60 %) et l’Allemagne (– 70 %) sur la même période (données nationales selon Haver Analytics).
Mais il y a quelque chose qui cloche : les importations de biens de la Russie sont passées de 254 milliards en 2019 à 304 milliards en 2023 (+ 20 %), selon les données de la Banque centrale de Russie.
Deux raisons l’expliquent. Premièrement, la Chine a considérablement augmenté ses exportations en direction de la Russie (110 milliards en 2023, contre 50 milliards en 2019, soit une augmentation de 125 %). Deuxièmement, les marchandises occidentales parviennent jusqu’à la Russie via des pays tiers.
Les exportations américaines vers l’Asie centrale et le Caucase sont passées de 2,6 milliards en 2019 à 4,1 milliards en 2023 (+ 60 %), une hausse intervenue immédiatement après l’invasion russe… Celles du Japon ont augmenté de 67 % sur la même période, et de 72 % pour l’Allemagne. Cette hausse concerne tous les Etats occidentaux, et tous les pays d’Asie centrale et du Caucase. Environ un quart du volume de biens qui n’est plus exporté vers la Russie l’est vers cette région. Un « taux de fuite » similaire – d’environ 30 % – s’observe pour les exportations allemandes de voitures et de pièces automobiles.
Il est tout à fait possible que cette fuite concerne des biens à double usage, tels que les pièces pour automobiles et pour véhicules militaires. Même si tel est le cas, les biens occidentaux permettent la réorientation de l’économie russe vers la production de guerre, ce qui est presque aussi grave.
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